Hesbaye Environnement - Bulletin N°4 - novembre 1998

 

La ligne à haute tension Tihange-Avernas est-elle enterrée ?

 

Lors de la présentation du plan d’équipement décennal 1995-2005 par les producteurs d’électricité, le gouvernement décidait de demander des études complémentaires à Electrabel, envisageant notamment la possibilité d’enterrer une ligne de moindre puissance sur le parcours initialement prévu et fixant une nouvelle échéance début 1998 pour la présentation d’un plan d’équipement 1998-2008.

 

Selon les articles de presse de l'époque, on aurait pu croire qu'une décision d'enterrer la ligne avait été prise. Il n'en était rien, seule une étude de la possibilité d'enterrer cette ligne était demandée et le gouvernement ne semblait pas remettre en cause l'opportunité de cette liaison Tihange-Avernas.

 

Le nouveau projet devait donc être présenté fin 97- début 98, et bien que nous n'ayons obtenu aucune réponse à nos multiples interrogations à ce sujet, et que rien n'ait été rendu public, les résultats des études ont bel et bien conduit à une nouvelle proposition des producteurs d'électricité aux autorités politiques.

 

En effet, c'est l'information qu'a obtenue, d'Electrabel même, un candidat acheteur qui s'inquiétait de l'éventuel passage de la ligne aux alentours de la propriété qu'il se proposait d'acquérir. Selon le responsable d’Electrabel interrogé, le projet remanié est maintenant dans les mains du gouvernement, auquel il ne reste qu'à prendre la décision finale.

 

Plus intrigantes encore sont les approches par Electrabel des propriétaires de terrains situés sur le tracé de la ligne. Alors qu'à notre connaissance, aucune décision officielle n'a été prise, Electrabel achète des terrains sur un tracé, qui correspond au trajet commun des deux lignes Tihange-Courcelles et Tihange-Avernas incluses au plan décennal, dans le but d'y implanter les pylônes. A l'occasion de ces tractations, la construction de ces lignes est présentée comme certaine aux propriétaires concernés.

 

Faut-il encore rappeler ici, qu'une plate-forme de 13 ha a fait l'objet d'un arrêté royal d'expropriation daté du 31 mars 95 pour cause d'utilité publique (publié le 21 septembre 1995) à Avernas en bordure de l'autoroute Liège-Bruxelles. De ces 13 ha, seul 1 ha est destiné à l'édification de la sous-station électrique pour l'alimentation du TGV, qui sert pourtant de prétexte à cette expropriation. Il est clair que cette aire située au point d'aboutissement du tracé de la ligne est destinée à abriter la forêt de pylônes de départ des futures lignes d'alimentation électrique des régions flamandes, comme d'ailleurs précisé dans les projets à long terme d'Electrabel.

 

Plus récemment, dans une lettre datée du 13 mai, les 3 communes concernées par le tronçon de départ Tihange-Vinalmont ont été averties par un fonctionnaire de l'aménagement du territoire qu'Electrabel a déposé une demande de permis d'urbanisme pour l'implantation de pylônes de 55 à 82 mètres. En réaction la commune de Wanze a décidé de demander l'avis des citoyens sous forme d'enquête publique.

 

Tous ces éléments établissent assez clairement que le projet suit son cours malgré le silence officiel observé.

 

 

Les raisons de notre opposition à ce projet

 

Hesbaye Environnement a toujours manifesté son opposition à ce projet pour des raisons qu’il est utile de rappeler ici, sans bien sûr les développer comme elles l’ont été dans nos précédentes publications.

 

1. Les lignes à haute et très haute tension entraînent de multiples nuisances

Elles sont destructrices du paysage et leurs répercussions sur la santé, bien que minimisées sinon niées par les électriciens sont bien réelles.

 

2. La ligne à 380.000 volts entre Tihange et Hannut est inutile

A l'heure actuelle, la Belgique est déjà quadrillée par un réseau de lignes à très haute tension et haute tension et la sécurité d'approvisionnement est d'ores et déjà garantie. De même, argument souvent invoqué, le TGV, grand consommateur d'énergie électrique, n'a pas pourtant besoin d'une nouvelle ligne de cette importance.

 

3. L'intérêt de cette nouvelle ligne est avant tout commercial

Les électriciens belges veulent pouvoir offrir dans une Europe libéralisée des services de transport, moyennant rétribution, et permettre ainsi à EDF en France de vendre sa surproduction électrique d'origine nucléaire, aux Pays-Bas par ex.

 

4. Ce n'est pas aux producteurs d'électricité d'estimer seuls quels seront les besoins futurs en électricité ?

Les plans d'équipement proposés par les électriciens s'inscrivent dans une stratégie d'entreprise. Ce qui est valable pour la santé d'une entreprise n'est pas automatiquement nécessaire du point de vue de la collectivité.

 

Des éléments nouveaux déterminants

 

Nos convictions se sont trouvées confortées par le rapport du groupe d'experts "Liaisons électriques à haute tension et environnement" mandaté par le CPTE sc, propriétaire et gestionnaire du réseau électrique belge à haute tension. Ce rapport intitulé "Comparaison environnementale de l'option Ligne H.T. Tihange-Verbrande Brug et de l'option ligne H.T. Tihange-Courcelles plus liaison souterraine H.T. Tihange-Avernas" et daté de juin 1997 constitue une partie de la réponse des entreprises d'électricité aux demandes du gouvernement suite à la présentation du plan décennal 1995-2005.

 

Tout d'abord ce document constitue pour nous une source d'information, la première depuis le silence stratégique observé depuis décembre 1995, quant aux intentions réelles des producteurs d'électricité.

 

1. Le projet Tihange-Avernas (avec ou sans une extension future vers Lint selon les variantes des projets présentés par Electrabel) est maintenant un projet Tihange-Avernas-Verbrande Brug de 5 tronçons : Tihange-Vinalmont de 4 km (en commun avec la ligne Tihange-Courcelles), Vinalmont-Avernas de 20,5 km (en site vierge), Avernas-Boutersem de 28 km (le long de l'autoroute), Boutersem-Pellenberg de 5 km(en site vierge) et Pellenberg-Verbrande Brug de 35 km(en remplacement d'une ligne à 150.000 volts existante).

 

2. Une option de liaison souterraine est envisagée pour les tronçons Tihange-Vinalmont et Vinalmont-Avernas. Le rapport signale "naïvement" qu'en raison des difficultés techniques liées à la traversée de La Meuse et de la montée vers Vinalmont "la liaison Tihange-Vinalmont se ferait vraisemblablement par ligne aérienne [...]. Quant à la liaison souterraine Vinalmont-Avernas, le CPTE a fourni un tracé "cross-country" évitant les villages et indépendant des voiries existantes. Il s'agit d'une tranchée de 7 m de largeur accueillant 3 câbles à 150.000 volts.

 

 

Une atteinte majeure à l’environnement

 

Il serait fastidieux de détailler l'exposé des méthodes et mesures d'impact sur l'environnement effectuées par ce groupe d'experts qui s'est efforcé de quantifier cet impact afin de pouvoir comparer les solutions. Nous retenons que ce rapport relève que la tracé aérien "[...] entre Vinalmont et Avernas présente une atteinte qui doit être considérée comme une atteinte majeure, sans possibilités de compensation [...]" en ce qui concerne l'impact sur le paysage, et ce en raison "d'un morcellement d'une grande poche intègre d'un paysage régional-type".

 

[...] Pour le tronçon Vinalmont-Avernas, l'effet de coupure visuelle est maximal, cette partie de ligne traversant un des derniers grands espaces paysagers de la Hesbaye non encore perturbé par de grandes infrastructures [...] la ligne traverse des paysages ayant conservé une forte identité. Le caractère ouvert du paysage offre peu de possibilité pour réduire l'impact visuel qu'occasionnerait la ligne [...]

 

Des tableaux de synthèse concluant le rapport, il ressort nettement que l'enterrement de la ligne sur le tronçon Vinalmont-Avernas réduit significativement les impacts environnementaux de la ligne sur ce trajet. Si les experts se gardent de prôner une solution, il est difficile à la lecture de leurs conclusions de ne pas donner sa préférence au tracé souterrain.

 

Il reste qu'il ne s'agit que d'un rapport partiel ; à aucun moment ne sont traités les impacts des lignes à haute tension sur la santé, sujet confié sans doute à la sagacité d'autres experts. Le groupe d'experts reconnaît d'ailleurs volontiers ce caractère partiel et se fait le défenseur d'une approche globale, comme en témoignent les quelques extraits suivants.

 

Les experts ont estimé que l'examen de l'impact environnemental de projets de liaisons HT n'a de sens qu'à condition de pouvoir s'assurer préalablement du caractère nécessaire ou suffisant des liaisons HT proposées [...] Le groupe a estimé d'emblée qu'il est indispensable d'examiner la problématique des liaisons HT dans une approche globale [...] qui puisse s'inscrire dans la perspective du développement durable [...] ils sont conscients de n'examiner qu'un sous-ensemble particulier de la problématique globale de la filière énergétique [...] analyse globale qui reste à faire [...] Tout secteur d'activité économique devrait faire [...] une analyse de ses activités par rapport au développement durable et définir de nouveaux objectifs de manière à ce que le développement économique et social s'accompagne d'une amélioration continue de l'environnement.

 

On ne pouvait rêver meilleur défenseur de nos convictions.

 

Pour notre part nous maintenons que la ligne à haute tension Tihange-Avernas est inutile et certainement pas d'intérêt public. Elle ne sert que les intérêts privés des producteurs d'électricité dans la perspective de la libéralisation du secteur voulue par l'Europe. Il n’est cependant pas à exclure que les intérêts en jeu soient tels que le projet soit finalement imposé, avec ou sans consultation, aux populations concernées.

 

Dans ce cas, et sur base du rapport des experts, il nous paraît inconcevable que ce ne soit pas la ligne enterrée qui soit retenue. De quel crédit jouiraient encore les autorités communales qui, face au choix d’une ligne enterrée ou aérienne, choisiraient de défendre le projet le plus destructeur de l’environnement ? La même chose peut être dite d’ailleurs de toutes les autorités politiques qui représentent les citoyens aux divers niveaux de décision politique.

 

Cotisation d’affiliation 1998-1999 : 300 FB au compte n° 068-2214254-62