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Une ligne électrique à très haute tension entre Tihange et Hannut, cela vous dit encore quelque chose ?

Rappelez-vous. En été 1995, ce projet bien réel des producteurs d'éléctricité se heurte à une forte résistance dans notre région. Les bourgmestres se concertent, organisent une réunion contradictoire entre représentants des producteurs d'électricité et opposants à une ligne à haute tension...et enfin les affiches "HAUTE TENSION...NON" fleurissent aux vitrines des magasins de Hannut.

Et surtout, cette mobilisation se concrétise par la création d'une association de défense de notre environnement et de notre cadre de vie : HESBAYE ENVIRONNEMENT asbl. A l'époque, la création d'une telle association nous avait paru comme une nécessité pour tenir la distance car nous savons les producteurs très patients et obstinés.

En janvier 1991, la commission régionale d’aménagement du territoire refuse un premier projet de tracé direct proposé par les électriciens...et pourtant c'est ce même tracé que l'on retrouve dans le plan d'équipement décennal (1995-2005) présenté par les mêmes au Gouvernement pour examen en décembre 1995.

Certes, à cette occasion, le Gouvernement ne marque pas son plein accord. Il renvoit même les électriciens à leurs chères études en leur demandant d'examiner la possibilité d'enterrer une ligne de moindre puissance (150.000 V) sur ce tracé. Ce point doit être ré-examiné en 1998.

Il est important de signaler que, si aucune décision de réalisation d'une ligne aérienne à 380.000 V n'a été prise en décembre 1995 - ce que nous souhaitions et ce pourquoi nous nous étions mobilisés au sein de l'asbl -, celle d'enterrer une ligne à 150.000 V à la place du projet initial n'a a pas non plus été prise. C'est à tort que l'on croirait le problème enterré, la ligne peut refaire surface à tout moment. D'ailleurs le Gouvernement ne semble pas remettre en cause la nécessité d'une ligne entre Tihange et Hannut.

Pour nous le problème n'est pas de savoir si elle sera enterrée ou non. En fait, nous continuons d'affirmer que :

1. Aériennes ou enterrées, les lignes à haute et très haute tension entraînent de multiples nuisances

Si elles sont enterrées, on échappe du moins à la destruction du paysage

Les graves soupçons pèsent sur les champs magnétiques et électriques produits par ces installations quant à leur répercussions sur la santé s'appliquent toujours aux lignes enterrées. Tout au plus est-on sûr qu'elles ne passeront pas en-dessous d'habitations.

D'une part, des études établissent que les expositions de longue durée aux champs magnétiques alternatifs 50 Hertz, tels ceux que l'on rencontre à proximité des lignes à haute tension, de centrales électriques et de certains câbles de distribution agissent comme promoteurs du cancer.

D'autre part, des institutions, organismes ou pouvoirs politiques en viennent à douter de l'innocuité des champs magnétiques au point de décider de ne pas imposer aux personnes d'y être exposées. Il convient de s'assurer que le seuil de risque relatif de 0,2 microtesla établi par les études soit respecté dans le choix d'un tracé.

Enfin, Electrabel même a décidé de financer à hauteur de 48 millions un ambitieux programme de recherches qui doit s'étendre sur 3 ans. Il y a donc matière à recherche. Comment lancer un programme de recherche sur les effets des champs magnétiques sur la santé et, sans en attendre les résultats et enseignements, se comporter comme s'il n'y avait aucun risque ? Il y a là un problème de crédibilité, soit dans le chef des universitaires ayant accepté ce financement, soit quant aux motivations d'Electrabel.

2. La ligne à 150.000 V entre Tihange et Hannut est tout aussi inutile qu'à 380.000 V

A l'heure actuelle, la Belgique est déjà quadrillée par un réseau de lignes à très haute tension (380.000 V) et haute tension (220.000 V). Les centres de production de Doel et de Tihange sont déjà interconnectés, et le réseau belge est interconnecté aux réseaux des pays voisins. La sécurité d'approvisionnement est d'ores et déjà garantie. Le bouclage de multiples réseaux maillés est déjà assuré à 150.000 V et également à 70.000 V

Le TGV, grand consommateur d'énergie électrique, peut parfaitement se contenter d'une ligne à 70.000 V de l'avis des spécialistes de la SCNB. Il peut d'ailleurs être alimenté depuis les extrémités du tronçon (Leuven et Liège - qu'on admet en surproduction-) plutôt qu'en son centre.

3. L'intérêt de cette nouvelle ligne est avant tout commercial

Que penser d'un projet de ligne à 380.000 V qui s'arrête à Avernas (version présentée le 22 janvier), qui en février 1995 devait se prolonger jusqu'à LINT (justification de la ligne présentée par les électriciens à cette date), et qui maintenant pourrait être au gabarit 150.000 V (réponse des électriciens à la prise de position du Gouvernement) ?

Après nous avoir parlé de la nécessité de réaliser les bouclages pour sécuriser un réseau, le projet prévoit contre la logique même des prémices du discours, un ligne en "antenne", surdimensionnée, qui s'arrête en pleine campagne, à la frontière linguistique (comme par hasard).

Les électriciens n'ont en fait en rien renoncé à leur projet initial. Selon eux, il va falloir doubler la ligne (dans l'hypothèse de 150.000 V enterrés) dans 7 à 8 ans. Les doutes quant aux intentions réelles d'Electrabel avec ce tronçon en impasse demeurent entiers et les remarques émises restent pertinentes. S'agit-il d'une "servitude" vers les villes flamandes (Leuven, Tienen...) du Limbourg ? Les 2 X 150.000 V ne sont-ils pas nécessaires UNIQUEMENT si le but est de faire transiter les flux commerciaux d'électricité ?

Concernant la ligne Tihange-Hannut, selon les propres termes d'Electrabel, "...une ligne 380kv comporte deux circuits électriques de part et d'autre des pylônes. Ces deux circuits ont une capacité de transport équivalente à environ 10 circuits de câbles 150 kv indépendants. Une telle quantité de puissance n'est pas nécessaire dans un premier temps pour alimenter la zone considérée mais il faut intégrer le projet dans une perspective à plus long terme : d'une part....et d'autre part, le projet de liaison ne s'arrête pas à Avernas, mais...devra être poursuivi à plus long terme jusqu'à Lint en région anversoise....Comme la technologie des câbles 380 kv n'est pas encore suffisamment maîtrisée, on ne peut envisager de réaliser en souterrain ce premier tronçon de la liaison Tihange-Lint.

Il faut bien comprendre que le long terme évoqué ici concerne une période située au-delà de 10 ans, au-delà de la période d'application du plan 1995-2005 en discussion. Ce délai nous inspire cette remarque : Que deviendront ces gigantesques infrastructures, si au-delà de ces 10 ans, le prolongement de ce premier tronçon se révélait inutile ou si des progrès prévisibles dans la technique du transport de l'énergie joints à un refus toujours plus contraignant des infrastructure aériennes se traduisaient par l'obligation d'enfouissement des lignes d'approvisionnement électrique ?

4. Ce n'est pas aux producteurs d'électricité d'estimer seuls quels seront les besoins futurs en électricité ?

Les électriciens ont intérêt à gonfler ces besoins pour assurer le nécessaire développement de leurs affaires.

Dans un texte à destination du politique, Electrabel écrit :

"Avec ses centrales de Tihange, Coo, Awirs, Seraing et Angleur, la région liégeoise produit une puissance représentant plus du double de la charge de la zone Liège-Arlon ...". Pourquoi a été organisée une telle surproduction locale - la centrale de Seraing est neuve -. La nécessité de trouver un débouché pour cet excès de puissance n'est qu'une conséquence d'une mauvaise planification des producteurs d'électricité. Il nous paraît donc que les producteurs peuvent se tromper ou si ce n'est le cas, qu'ils agissent en fonction d'une logique qu'on aurait tort de vouloir assimiler à la poursuite de l'intérêt public.

Autre exemple : La ligne Gramme-Courcelles (à 380.000 V) a fait l'objet en 1980 d'une demande de dédoublement car menacée de saturation en 1990 selon les affirmations d'Electrabel. En 1995, elle n'a toujours pas été dédoublée et elle peut encore servir à véhiculer de nettement plus grosses quantités d'énergie et pourrait se révéler suffisante à la lumière des chiffres actuels jusqu'en 2005.

Le Gouvernement en l'occurrence a joué son rôle en rappelant aux électriciens que l'objectif d'utilisation rationnelle de l'énergie qu'il souhaite voir poursuivi implique qu'il faille plutôt chercher à freiner la croissance de la production électrique. Nous allons plus loin en demandant que ce soit une commission, indépendante des producteurs, qui évalue l'évolution des besoins en énergie électrique.

Ainsi le plan d'équipement serait le point de rencontre

- d'une évaluation impartiale des besoins,

- d'une prise en compte des contraintes de production et de sécurité d'approvisionnement

- et des choix politiques (promotion de l'utilisation rationnelle, diversification des sources d'énergie, respect de la santé, du cadre de vie...)

Produire de l'électricité est dangereux (le nucléaire fiable à 100% n'existe pas) et polluant, la transporter via de gigantesques lignes à très haute tension est nocif et destructeur de paysage. Produire en excédent et évacuer les surplus augmentent inutilement ces risques et nuisances. Le recours toujours plus intensif à l'électricité comme approvisionnement en énergie - "le passage au tout électrique"- n'est pas l'utilisation la plus rationnelle des ressources énergétiques.

Qu'en conclure ?

Il n'existe pas aujourd'hui d'arguments - d'intérêt public - raisonnables en faveur d'une réalisation précipitée de cette ligne à 380.000 V- comme à 150.000 V d'ailleurs - , sinon le calcul économique des producteurs, tablant sur une élévation du coût de ces infrastructures ou sur une contestation grandissante de la nécessité de ces infrastructures.

Au contraire, puisque cette ligne n'est pas nécessaire avant le long terme, tout indique que l'intérêt public est d'attendre.

Tout précipitation nous prive inutilement en Hesbaye wallonne :

- des progrès prévisibles dans les techniques d'enfouissement des lignes à haute tension, et dans le confinement des champs magnétiques induits

- des bénéfices des enseignements éventuels des recherches financées par Electrabel même

Ce point de vue est celui que nous défendions en décembre 1995 dans nos commentaires aux décisions du Gouverenement. Nous n'avons pas eu à attendre bien longtemps avant de pouvoir en mesurer le bien-fondé. Rappelez-vous encore. Il y a 7-8 ans, la construction de la ligne aérienne à 70.000 v (les poteaux métalliques) dans la région de Hannut avait déjà rencontré une opposition (Halte au 70.000v ???). Si la ligne s'est finalement faite, c'est qu'il n'existait pas de technique sûre pour enterrer une telle ligne, ou alors c'était bien trop coûteux - de l'avis des producteurs d'électricité. Et aujourd'hui les plans proposés par les mêmes pour l'extension de cette ligne prévoient spontanément de l'enterrer, sans qu'il soit besoin de leur demander de bien vouloir étudier cette possibilité. Remarquons cependant en toute lucidité que ces plans de distribution des 70.000 v sont tout-à-fait compatibles avec un raccordement ultérieur vers le Nord (Avernas), au point d'aboutissement de la ligne "en antenne" à 380.000 v contestée. Patients et obstinés...on vous le disait, non ?

Pas de précipitation donc. Si la ligne à 380.000 V n'est pas nécessaire à moyen terme, attendons donc ; nous profiterons ainsi des progrès de la technique. Et qui sait peut-être ? Comme, par le passé, les électriciens ont su parfois se montrer de piètres previsionnistes des besoins réels en électricité, peut-être la preuve aura été faite alors de l'inutilité d'une ligne d'une telle puissance ?

 Hesbaye environnement - bulletin d'information n°3 - février 1997

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